Trois des agences de sécurité les plus puissantes des États-Unis viennent de pointer du doigt six entreprises chinoises d'intelligence artificielle, les accusant de pomper systématiquement des connaissances issues des modèles d'IA les plus avancés du pays. L'avis conjoint de la CISA, de la NSA et du FBI décrit ce que les responsables appellent une campagne d'extraction à grande échelle en cours depuis fin 2024.
Les cibles : Claude d'Anthropic, la série GPT d'OpenAI, Google’s Gemini et Grok de xAI. Les accusés : DeepSeek, Moonshot AI, Alibaba, MiniMax, StepFun et Z.AI. La méthode : la distillation de connaissance, une technique d'apprentissage automatique parfaitement légale en soi mais supposément weaponisée ici pour copier à une échelle impressionnante les sorties des systèmes d'IA de pointe.
Comment la distillation devient de l'espionnage
La distillation de connaissance est une technique bien connue en apprentissage automatique. Un modèle plus petit, appelé « élève », apprend à imiter le comportement d'un modèle plus grand, appelé « enseignant », en étudiant ses sorties. La technique en elle-même n'est pas controversée. Les chercheurs l'utilisent constamment pour créer des modèles plus légers et plus rapides.
Ce qui rend ce cas différent, selon les responsables américains, c'est l'ampleur même et la coordination présumée qui la sous-tendent. L'avis décrit des millions de requêtes effectuées contre des systèmes d'IA américains, ayant entraîné l'extraction de données de sortie d'une valeur de milliards de jetons.
Les entreprises accusées auraient utilisé des proxys, des comptes partagés et diverses tactiques d'évasion pour contourner les conditions d'utilisation régissant l'accès à ces modèles.
Les responsables américains sont allés plus loin, suggérant que ces opérations n'étaient pas des activités corporatives isolées. L'avis indique que les efforts d'extraction ont probablement été menés avec la connaissance du gouvernement chinois, présentant cette activité comme faisant partie de la stratégie plus large de Pékin pour combler le retard en intelligence artificielle par rapport aux États-Unis.
Escalation des avertissements précédents
Cet avertissement n’est pas apparu de nulle part. Il s’appuie sur des accusations initialement formulées par la Maison Blanche en avril 2026, qui avaient signalé des campagnes de distillation à échelle industrielle similaires et relevé l’utilisation de mesures de contournement avancées pour éviter la détection. L’avertissement de septembre transforme essentiellement ces avertissements de « nous avons remarqué quelque chose » en « voici les noms ».
Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a déjà indiqué que des sanctions ou des désignations sur la liste des entités pourraient être envisagées. Être placé sur la liste des entités restreindrait les entreprises américaines de faire des affaires avec les entreprises nommées, coupant l'accès à la technologie américaine, aux services cloud et potentiellement même au matériel.
La réponse de la Chine a été prévisible. Les responsables de Pékin ont rejeté les allégations comme infondées.
Qu’est-ce qui est réellement en jeu
Les entreprises américaines d’intelligence artificielle dont les modèles ont été ciblés, notamment Anthropic, OpenAI, Google et xAI, feront face à une pression pour démontrer que leurs systèmes peuvent détecter et prévenir les tentatives d’extraction à grande échelle. Le conseil encourage explicitement les fournisseurs américains d’IA à adopter des mesures de détection et d’atténuation.
Le conseil soulève également une question technique délicate : comment empêcher réellement la distillation à grande échelle ? Contrairement au vol de code source ou de conceptions matérielles, la distillation fonctionne en interagissant avec un modèle via son interface normale. Chaque appel API renvoie des données utiles. Tracer la ligne entre une utilisation intensive légitime et une extraction systématique n’est pas simple, et tout système de détection risque de signaler à la fois des chercheurs légitimes et des acteurs malveillants.
Les entreprises américaines d'intelligence artificielle ont construit leurs activités en partie sur un accès API large. Le restreindre trop agressivement pourrait nuire à l'adoption et aux revenus. Ne pas le restreindre suffisamment, selon trois agences fédérales, signifie remettre votre propriété intellectuelle la plus précieuse à des concurrents soutenus par un gouvernement rival.
