Le président Donald Trump souhaite verser un chèque de 5 000 dollars à chaque adulte américain. Il l'appelle un dividende, comme si les États-Unis étaient une société cotée en bourse et ses citoyens des actionnaires attendant patiemment un paiement.
Trump a dévoilé la proposition le 9 septembre lors de la première convention de mi-mandat du Parti républicain à Dallas, présentant ce paiement comme une récompense pour la performance économique du pays. La condition : les Républicains doivent conserver la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat lors des prochaines élections de mi-mandat pour que les fonds soient débloqués.
Les probabilités ne sont pas de son côté
Le coût total du prétendu dividende Trump s’élève entre 1 200 milliards et 1 350 milliards de dollars. Pour y voir plus clair, cela équivaut à l’ensemble du budget discrétionnaire annuel du gouvernement fédéral, déposé en une seule fois sur les comptes bancaires.
La dette nationale américaine s'élève actuellement à environ 40 billions de dollars. Ajouter encore un trillion de dollars supplémentaire à cette facture est le genre de calcul qui fait perdre le sommeil aux partisans de la rigueur budgétaire.
Le scepticisme des législateurs des deux côtés de la barricade a été rapide. La proposition est arrivée sans l’infrastructure politique habituelle : aucun processus détaillé de vérification d’éligibilité, aucune échéance de distribution, aucun mécanisme de mise en œuvre pour garantir que les fonds soient dépensés comme prévu. Trump a précisé que les fonds devraient être dépensés aux États-Unis, mais n’a offert aucune explication sur la manière dont cette exigence serait effectivement surveillée.
La théorie des tarifs
Le vice-président JD Vance a évoqué une source de financement potentielle : les recettes douanières. L'idée étant que les droits d'importation perçus dans le cadre des politiques commerciales de l'administration pourraient financer l'intégralité du dividende.
Il y a aussi la question constitutionnelle que n'importe quel calcul tarifaire ne peut contourner. L'article I de la Constitution confère au Congrès le pouvoir du budget. Le président peut proposer des dépenses toute la journée, mais sans approbation législative, cela reste une proposition. Et au 10 septembre, il n'existe aucun projet de loi, aucune résolution, ni coalition visible de soutien au Congrès pour transformer cette promesse de rassemblement en loi.
Les critiques ont été francs. La proposition a été qualifiée de politiquement motivée, d'un stimulus électoral à haut risque conçu pour mobiliser les électeurs plutôt que d'un véritable plan économique.
Un jeu d'actions familier avec un bilan irrégulier
Ce n’est pas la première fois que l’administration Trump a évoqué l’idée de distributions directes d’argent liquide aux Américains. Le concept d’un « dividende DOGE », qui aurait consisté à restituer les économies publiques aux contribuables, avait déjà été suggéré et avait suscité un fort écho. Il n’a jamais vu le jour.
Les chèques de relance de l’époque de la pandémie ont démontré que les paiements directs sont logistiquement possibles, mais ils ont été autorisés par une loi du Congrès, largement débattus et accompagnés de mécanismes de financement spécifiques. Le Trump Dividend, du moins dans sa forme actuelle, ne repose sur aucune de ces fondations.
À surveiller à l'approche des élections de mi-mandat
Trump a effectivement lié le dividende au succès électoral des Républicains, créant un argument direct et transactionnel auprès des électeurs : gardez-nous au pouvoir, et le chèque arrivera.
Le prochain indicateur à surveiller est de savoir si un sénateur républicain en exercice ou un membre de la Chambre des représentants présente une législation complémentaire. Sans cette étape, la promesse de 5 000 $ reste ce qu'elle est aujourd'hui : une formule d'applaudissements lors d'un discours de convention accompagnée d'un chiffre très élevé.
