Trois ans après l'effondrement de Credit Suisse et l'obligation d'un des mariages forcés les plus inconfortables de l'histoire bancaire, les régulateurs suisses continuent de recalibrer les garde-fous. Le vice-président de la Banque nationale suisse, Antoine Martin, a déclaré le 26 août qu'UBS doit entièrement soutenir ses filiales étrangères avec des capitaux propres de qualité supérieure de catégorie 1 détenus en Suisse, une déclaration qui a un poids réel compte tenu du coût estimé par la BNS pour que la banque soit conforme.
Le prix, selon les autorités : environ 20 milliards de dollars de capital CET1 supplémentaire.
Ce que la BNS demande réellement
Actuellement, UBS couvre ses participations étrangères avec entre 45 % et 60 % de CET1. Le Conseil fédéral a formellement proposé de combler ce écart le 22 avril, dans le but de passer d’une couverture majoritaire à une couverture complète à 100 %.
La BNS estime que si la réforme avait été appliquée depuis le 1er janvier de cette année, UBS aurait fait face à un déficit d'environ 9 milliards de dollars. Une mise en œuvre complète à l'avenir nécessiterait environ 20 milliards de dollars supplémentaires en capital qualifié.
Martin a reconnu directement la préoccupation liée à la compétitivité, en citant les grandes banques américaines bien capitalisées comme preuve que disposer de fonds propres importants n’entrave pas nécessairement la capacité d’une banque à performer.
L'ombre de Credit Suisse
La vulnérabilité spécifique que les régulateurs ciblent maintenant est la dynamique entre la maison mère et la filiale. Lorsqu'une unité étrangère d'une banque mondiale subit une pression, la capacité de la maison mère à isoler ou céder cette filiale sans déclencher un effondrement plus large dépend fortement de la présence de capital liquide et de haute qualité suffisant détenu par la maison mère à son égard. Si la maison mère a utilisé des instruments de moindre qualité ou tout simplement n'a pas mis suffisamment de côté, une filiale en difficulté peut devenir un événement de contagion plutôt qu'un événement contenu.
Le Parlement devrait aborder la question vers le 31 août, ce qui fait de cela un débat législatif en cours, et non un simple document de consultation lointain.
Un compromis discuté permettrait à UBS de satisfaire jusqu’à la moitié de la nouvelle exigence CET1 en utilisant des obligations de niveau complémentaire 1, couramment appelées AT1. Les obligations AT1 se situent en dessous des CET1 dans la hiérarchie du capital ; elles se convertissent en actions ou sont réduites à zéro lorsque le capital d’une banque tombe en dessous de certains seuils. L’affaire Credit Suisse a eu son propre chapitre marquant sur les AT1, avec environ 17 milliards de dollars d’obligations AT1 de Credit Suisse réduites à zéro dans le cadre du sauvetage, un résultat qui a secoué l’ensemble du marché AT1 à l’échelle mondiale.
Que les autorités suisses acceptent finalement les AT1 comme substitut partiel des CET1 aura une importance considérable sur la pression exercée par les nouvelles règles sur la structure de capital d’UBS et, par extension, sur sa capacité à restituer du capital aux actionnaires.
