Shein envisage de réduire la base de coût effective pour certains investisseurs en phase avancée avant son IPO prévue à Hong Kong, une mesure qui reconnaît essentiellement ce que tous les participants du cap table savent déjà : l'entreprise vaut beaucoup moins qu'auparavant.
Le détaillant de fast-fashion basé à Singapour, qui a autrefois atteint une valorisation proche de 100 milliards de dollars lors d'un tour de financement en 2022, vise désormais une valorisation à l'IPO d'environ 40 milliards de dollars. Soit une réduction de 60 %. Pour les investisseurs qui ont investi au sommet, ce « réajustement du coût » est moins un geste généreux qu'un mécanisme de survie pour éviter qu'ils ne sabotent complètement la cotation.
Les chiffres racontent une histoire alarmante
La trajectoire d'évaluation de Shein ressemble à un graphique que les investisseurs en cryptomonnaie connaissent bien. L'entreprise a atteint environ 98 à 100 milliards de dollars en 2022, a chuté à 64 à 66 milliards de dollars lors des rounds de financement de 2024, et vise désormais un objectif de CTO entre 40 et 50 milliards de dollars. Certains investisseurs pousseraient même pour une évaluation aussi basse que 30 milliards de dollars.
La performance financière explique la réduction. Le chiffre d'affaires de Shein en 2025 s'est établi à environ 41,8 milliards de dollars, ce qui semble impressionnant jusqu'à ce que l'on réalise qu'il ne représente qu'une croissance de 8 % sur un an. Pour comparaison, l'année précédente avait enregistré une croissance de 20,7 % sur un chiffre d'affaires de 37 milliards de dollars. Une décélération à cette échelle tend à comprimer rapidement les multiples.
Ensuite, il y a la question de la rentabilité. Après avoir enregistré un bénéfice de 1,29 milliard de dollars en 2024, Shein a annoncé une perte nette de 99 millions de dollars au T1 2026. La cause : les modifications des tarifs douaniers américains sur les petits colis, qui ont touché au cœur du modèle économique de Shein, consistant à expédier directement des marchandises à faible coût depuis les usines chinoises vers les consommateurs occidentaux.
La Commission chinoise de régulation des valeurs mobilières a approuvé la cotation de Shein à Hong Kong en juillet 2026, la société visant une levée de 2 à 3 milliards de dollars. Le IPO pourrait être lancé dès août ou septembre 2026.
Un long et sinueux chemin vers la cotation en bourse
Le parcours de l'IPO de Shein a été loin d'être linéaire. L'entreprise a initialement cherché une cotation à New York, mais a abandonné cette voie face à une forte pression réglementaire concernant ses pratiques du travail, la transparence de sa chaîne d'approvisionnement et sa gestion des données. Londres est devenu le plan B, mais Pékin aurait également objecté à cette approche. Hong Kong est devenu le compromis, un lieu qui satisfait les exigences réglementaires chinoises tout en offrant un accès aux marchés internationaux de capitaux.
Le mécanisme de réinitialisation du coût mérite d’être compris. Lorsque des investisseurs à un stade avancé achètent des actions d’une entreprise privée à une valorisation de, disons, 66 milliards de dollars, et que cette entreprise fait ensuite son introduction en bourse à 40 milliards de dollars, ces investisseurs se retrouvent immédiatement en perte. Une réinitialisation du coût réajuste à la baisse la valeur de leurs actions, leur offrant une base de coût plus faible, afin que le prix de l’IPO ne représente pas une perte immédiate.
Le risque pour Shein est que même 40 milliards de dollars s'avèrent trop élevés. La croissance des revenus a fortement ralenti, la rentabilité est devenue négative, et l'environnement réglementaire pour les entreprises liées à la Chine accédant aux marchés occidentaux reste hostile. Si l'IPO est évaluée à la borne inférieure des attentes des investisseurs, soit près de 30 milliards de dollars, cela représenterait une baisse d'environ 70 % par rapport au pic de 2022.
