Nvidia vient de publier l’un des rapports de résultats les plus impressionnants de l’histoire des entreprises, avec un chiffre d’affaires du deuxième trimestre fiscal 2027 atteignant 96,2 milliards de dollars, soit une hausse de 106 % par rapport à l’année précédente. Pourtant, la conversation à Wall Street ne porte pas sur ces chiffres exceptionnels, mais sur ce qui se cache sous ces chiffres.
Jim Cramer, personnalité de CNBC à la tête du portefeuille Investing Club, s'est immiscé dans un débat croissant concernant les engagements financiers de Nvidia, que les analystes estiment pourraient exposer le fabricant de puces à des passifs maximaux compris entre 80 et 200 milliards de dollars d'ici 2028. Son avis : conservez l'action, ignorez le bruit et concentrez-vous sur les fondamentaux.
Le tableau de la dette devient compliqué
La dette brute de Nvidia a fortement augmenté ces derniers mois. L'entreprise a émis 25 milliards de dollars en obligations senior non garantis en juin 2026, portant la dette brute totale à 33,5 milliards de dollars. C'est près de quatre fois le montant de 8,5 milliards de dollars qu'elle détenait à la fin de l'exercice précédent.
Mais le chiffre global de la dette ne représente qu'une partie de l'histoire. La composante plus complexe concerne les structures de financement client de Nvidia et les garanties liées à de grands projets d'IA. Parmi les plus importants : les engagements liés à OpenAI, y compris une garantie de valeur résiduelle de 105 milliards de dollars pour un seul projet.
Les engagements de service pluriannuels auprès de la clientèle de Nvidia pourraient s'élever entre 119 milliards et 279 milliards de dollars, selon les estimations des analystes. Le soutien d'OpenAI à Nvidia inclut également des investissements en actions estimés à environ 30 milliards de dollars, ainsi que des garanties conditionnelles importantes liées au financement des projets.
Cramer lui-même a établi la comparaison avec le financement par les fournisseurs pendant la bulle internet, lorsque les fabricants d’équipements télécoms finançaient les achats de leurs clients, puis ont vu ces prêts s’évaporer lorsque la demande a effondré. Il a exprimé une prudence face à cette parallèle, tout en soutenant les actions d’Nvidia après la publication de ses résultats.
Croissance des revenus difficile à contester
Le revenu des centres de données, qui est le segment piloté par l’IA le plus important, a augmenté de 117 % sur un an pour atteindre 89 milliards de dollars au T2.
Pour le troisième trimestre de l'exercice 2027, Nvidia a anticipé un chiffre d'affaires de 108 milliards de dollars, +/- 2 %. L'entreprise a également projeté une croissance du chiffre d'affaires d'environ 70 % pour l'exercice 2028.
Après la publication des résultats du Q2 de Nvidia, Cramer a exhorté les investisseurs à maintenir leurs positions longues plutôt que de trader autour de la volatilité à court terme.
La gestion du capital coupe des deux côtés
Le conseil d'administration de Nvidia a approuvé une autorisation de rachat d'actions de 80 milliards de dollars en mai 2026, un programme de retour de capital massif qui témoigne de la confiance dans la capacité de l'entreprise à générer des liquidités. Il illustre également la tension au cœur de la stratégie financière de Nvidia : l'entreprise souscrit simultanément à une dette importante, accorde d'immenses garanties à ses clients et retourne des liquidités aux actionnaires à un rythme agressif.
Les actions de Nvidia ont été échangées entre 196 $ et 219 $ à la fin juillet et au début août 2026 alors que les marchés assimilaient les préoccupations liées au financement.
À surveiller à l'avenir
Le financement fournisseur a une histoire longue et tourmentée dans le secteur technologique. Cisco, Lucent et Nortel ont tous accordé des conditions généreuses à leurs clients à la fin des années 1990, et ont tous souffert lorsque le cycle a changé.
Le conseil de Cramer de conserver plutôt que de trader reflète une mise sur le fait que le moteur de croissance est suffisamment puissant pour dépasser les risques liés au bilan. Pour les investisseurs qui décident de suivre ce conseil, la métrique clé à surveiller n'est pas le chiffre d'affaires. C'est la vitesse à laquelle ces engagements hors bilan augmentent par rapport au flux de trésorerie censé les soutenir.
