Le crime organisé en Irlande a trouvé une solution analogique à un problème numérique. Au lieu d’essayer d’obscurcir les avoirs en crypto avec des mixers ou des monnaies privées, les bandes ferment simplement des portefeuilles matériels, des phrases secrètes et des clés privées dans des coffres privés loués, juste à côté de l’argent liquide, des montres de luxe et des passeports falsifiés.
Le Bureau irlandais des actifs criminels, l'agence chargée de saisir les produits du crime, affirme que cette méthode de stockage devient une tactique privilégiée par les groupes cherchant à maintenir leur richesse numérique à l'abri des autorités.
Coffres anciens, actifs modernes
La stratégie est trompeusement simple. Les crypto-actifs eux-mêmes résident sur des blockchains, visibles pour quiconque sait où chercher. Mais sans les clés privées ou les phrases de récupération, ces actifs sont inaccessibles. En stockant les matériaux physiques nécessaires pour accéder aux wallets dans des coffres de sécurité loués, les criminels créent un écart entre ce que les enquêteurs peuvent voir sur la blockchain et ce qu’ils peuvent effectivement saisir.
Le chef du Bureau central de la CAB, Michael Gubbins, a noté que les criminels pensent qu'il existe un niveau d'anonymat dans l'utilisation de coffres privés. Cette croyance n'est pas entièrement fausse. Louer un coffre est légal, et les enquêteurs doivent établir un lien entre le contenu et les produits du crime avant de pouvoir obtenir une ordonnance de confiscation. C'est un seuil plus élevé que de simplement geler un compte bancaire.
Gubbins a également reconnu que la volatilité des cryptomonnaies contribue à leur attrait pour les opérations de blanchiment.
Une avancée de 30 millions d'euros
En mars 2026, CAB a réussi à accéder à un wallet précédemment verrouillé contenant 500 BTC, évalués à environ 30 millions d'euros à cette époque. Ce wallet faisait partie d'un prélèvement beaucoup plus important de 6 000 BTC qui avait été saisi en 2019.
L'opération a été soutenue par Europol, reflétant la nature transfrontalière à la fois du crime organisé et de la récupération d'actifs cryptographiques.
Au cours de la dernière décennie, le CAB a réussi à vendre des crypto-actifs saisis d'une valeur d'environ 6,5 millions d'euros. Ce chiffre, comparé aux 30 millions d'euros détenus dans un seul portefeuille récupéré, suggère que les actifs accessibles au bureau ont historiquement représenté une fraction de ce qu'il détient sur ses livres.
Législation à l’horizon
CAB explore désormais de nouveaux outils législatifs conçus pour améliorer sa capacité à saisir et geler des crypto-actifs. Le cadre juridique actuel a été conçu pour un monde où la richesse criminelle était détenue dans des comptes bancaires, des biens immobiliers et des biens physiques. Les actifs numériques, en particulier ceux sécurisés par des identifiants hors chaîne cachés dans des coffres anonymes, ne s'intègrent pas aisément dans ce modèle.
Les locations de coffres privés restent parfaitement légales. Le défi pour les enquêteurs consiste à prouver que le contenu, qu'il s'agisse d'un wallet matériel ou d'un morceau de papier comportant 24 mots, constitue des produits de la criminalité.

