Gita Gopinath, première directrice générale adjointe du FMI, vient de dire aux investisseurs obligataires mondiaux quelque chose qu’ils ressentent probablement déjà dans leurs portefeuilles : le sol sous leurs pieds bouge. Dans un entretien avec Bloomberg Surveillance, Gopinath a décrit les marchés obligataires comme étant « dans une position fragile », poussés par des niveaux de dette élevés et croissants que les marchés ne sont plus disposés à ignorer.
Le moment est important. Les rendements américains à 30 ans sont négociés bien au-dessus de leurs moyennes récentes, et Gopinath a signalé un stress visible sur les marchés obligataires français et britannique.
Le problème de tolérance à la dette
L'argument central de Gopinath est simple. Les économies avancées ont accumulé des ratios d'endettement public qui sont devenus nettement plus marqués après les dépenses fiscales post-pandémiques. Le problème ne réside pas seulement dans la taille de la dette. Il réside dans le fait que les investisseurs exigent désormais une rémunération plus élevée pour la détenir.
Le stress sur les marchés obligataires français et britannique est particulièrement révélateur. La France fait face depuis des mois à une incertitude politique et à des questions concernant sa crédibilité fiscale. Le marché obligataire du Royaume-Uni, qui guérit encore des séquelles de sa crise des obligations d’État de 2022, reste sensible à tout ce qui sent la mauvaise discipline fiscale.
Les marchés actions ne sont pas non plus un havre sûr
Gopinath n’a pas limité son avertissement aux obligations. Elle a conseillé aux investisseurs de « procéder avec prudence », citant ce qu’elle a appelé des valorisations boursières exorbitantes.
La relation mathématique entre les obligations et les actions est simple. Une hausse des rendements des obligations rend l'emprunt plus coûteux pour les entreprises, ce qui comprime les bénéfices futurs. Elles rendent également les obligations relativement plus attractives par rapport aux actions, déplaçant ainsi les capitaux hors des marchés actions.
Les commentaires de Gopinath sont arrivés alors qu'elle se préparait à quitter le FMI et à retourner à Harvard, leur conférant une légère tonalité valedictoire. Le FMI a exprimé des préoccupations persistantes concernant les ratios d'endettement élevés dans les économies avancées, mais le cadre adopté par Gopinath était nettement plus direct que les communiqués habituels de l'institution.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
La prise immédiate est que les portefeuilles fortement orientés vers la dette souveraine ou les actions de croissance font face à des risques cumulatifs. La hausse des taux d'intérêt érode la valeur des actifs obligataires existants tout en menaçant simultanément les multiplicateurs de bénéfices qui justifient les cours actuels des actions.
Surveillez attentivement le rendement à 30 ans. S’il continue d’augmenter au-delà des moyennes récentes, les répercussions s’étendront bien au-delà des marchés obligataires et toucheront toutes les classes d’actifs qui valorisent le risque en fonction des taux souverains.

