La France vient de rendre beaucoup plus difficile pour les investisseurs non européens d'acquérir des participations dans les industries les plus sensibles du pays. Un décret entré en vigueur le 2 août 2026 abaisse le seuil de contrôle des investissements étrangers directs de 25 % à 10 % des droits de vote, ce qui donne désormais au ministère français de l'Économie son mot à dire sur les opérations qui passaient auparavant inaperçues.
Voici ce qui devrait attirer l'attention des investisseurs en cryptomonnaies : la cryptologie est explicitement mentionnée parmi les secteurs sensibles couverts par les nouvelles règles. Cela place les entreprises d'infrastructure blockchain, les sociétés de chiffrement et potentiellement un éventail d'entreprises Web3 directement dans le collimateur de la réglementation.
Qu'est-ce qui a réellement changé
Les mécanismes sont simples. Auparavant, le ministère de l'Économie n'intervenait que lorsqu'une entreprise étrangère acquérait 25 % ou plus d'une entreprise française dans un secteur sensible. Ce seuil a été réduit à 10 % pour les investisseurs non européens.
Le chiffre de 10 % n’est pas entièrement nouveau. La France l’a d’abord introduit comme mesure temporaire pour les sociétés cotées pendant la pandémie de COVID-19, lorsque les gouvernements européens cherchaient à empêcher les acquisitions étrangères opportunistes d’entreprises en difficulté. Ce seuil temporaire a été rendu permanent à compter du 1er janvier 2024.
Ce qui est nouveau avec ce décret d’août 2026, c’est l’élargissement. Le seuil de 10 % s’applique désormais plus largement, y compris aux entreprises cotées sur des bourses étrangères, et la liste des éléments considérés comme « sensibles » a été considérablement renforcée.
Les secteurs nécessitant une autorisation incluent désormais explicitement la cryptologie, la cybersécurité, l'intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les technologies quantiques, les biens à double usage et les activités de R&D critiques.
Une distinction importante : ces nouvelles règles ciblent principalement les investisseurs non européens. Les investisseurs de l'UE et de l'Espace économique européen sont soumis à des seuils différents, généralement moins restrictifs. Ce décret ne modifie pas les seuils existants pour les investisseurs de l'UE/EEE ni pour les secteurs non sensibles.
Implications pour le marché pour les investisseurs en crypto et en technologie
Un seuil de 10 % est remarquablement bas. Dans le capital-risque et l'investissement en croissance, une participation de 10 % est une taille d'investissement courante, et non une position de contrôle. En fixant la barre aussi basse, la France exige en réalité l'approbation gouvernementale pour ce que de nombreux investisseurs considèrent comme une position minoritaire, non contrôlante.
Les demandes d'autorisation pour les investissements sensibles sont gérées par le ministère de l'Économie, avec des examens accélérés disponibles dans les 10 jours ouvrables.
Les États-Unis ont leurs examens de la CFIUS. Le Royaume-Uni dispose de sa loi sur la sécurité nationale et les investissements. L'Allemagne a renforcé son propre mécanisme d'analyse des IDE. La France suit un plan bien établi, qu'elle applique avec une vigueur particulière.
Les entreprises les plus susceptibles de ressentir l'impact sont les sociétés de cryptomonnaie en phase intermédiaire en France qui dépendent des marchés mondiaux de capitaux pour financer leur croissance. Les startups en phase initiale levant de petits montants pourraient rester en dessous du seuil de 10 % par investisseur. Ce sont les entreprises intermédiaires — celles qui lèvent des dizaines de millions auprès d'un groupe restreint d'investisseurs internationaux — qui devront intégrer ce nouveau contrôle dans leurs stratégies de financement.





