Les banques et institutions financières européennes ont terminé l'achat d'infrastructures crypto pièce par pièce. Elles veulent l'ensemble, construit par un seul fournisseur, sous un même toit.
C’est la découverte principale du dernier rapport de Fireblocks, « The Financial Grid Europe + UK », publié le 13 mai. L’enquête révèle un changement décisif parmi les acteurs institutionnels des deux côtés de la Manche en faveur des fournisseurs d’infrastructures complètes pour actifs numériques, plutôt que l’assemblage de solutions isolées pour la garde, les paiements, le règlement et la tokenisation.
Les chiffres racontent une histoire claire
L'Europe continentale est plus avancée dans l'engagement de fonds réels. Près de 53 % des institutions de la région avaient déjà budgétisé des infrastructures pour les actifs numériques en vue de 2026, soit nettement au-dessus de la moyenne mondiale de 42 %.
Le Royaume-Uni rattrape son retard, mais avance rapidement. Seuls 36 % des établissements britanniques avaient des budgets engagés au début de l’année. Toutefois, 59 % supplémentaires réservent des fonds pour des investissements en 2026.
Qu'est-ce qui explique la préférence pour les plateformes intégrées ? La sécurité, pas surprenant, occupe la première place de la liste. Environ 67 % des institutions européennes continentales citent la garde sécurisée et la gouvernance du wallet comme facteur principal lors du choix d'un fournisseur. Les institutions du Royaume-Uni accordent encore plus d'importance à la résilience, avec 68 % priorisant l'architecture de sécurité et la résilience opérationnelle, suivies de 64 % se concentrant spécifiquement sur la garde.
La réglementation est l'accélérateur
Deux dynamiques réglementaires différentes influencent la manière dont les institutions de chaque côté de la Manche prennent leurs décisions en matière d’infrastructure. L’Europe continentale bénéficie d’un avantage de clarté grâce au MiCAR, le Règlement sur les marchés des actifs cryptographiques, qui établit un cadre unifié pour les États membres de l’UE.
Le Royaume-Uni, quant à lui, travaille dans un cadre en évolution. Cela n’a pas refroidi l’enthousiasme, puisque 100 % des répondants britanniques et 99 % des institutions européennes continentales prévoient des résultats réglementaires favorables. Mais cela signifie que les institutions britanniques construisent en tenant compte de la flexibilité, en recherchant des fournisseurs capables de s’adapter au fur et à mesure que les règles se précisent.
Cette divergence aide à expliquer pourquoi les institutions européennes continentales ont plus rapidement alloué des budgets. Une clarté réglementaire réduit le risque de développer un projet qui deviendrait non conforme six mois plus tard. Le calendrier légèrement plus tardif du Royaume-Uni pour les engagements budgétaires correspond parfaitement à son cadre réglementaire encore en cours de développement.
L'impact pratique de la clarté du MiCAR est déjà visible. Le consortium Qivalis, un groupe de 12 grandes banques européennes incluant BNP Paribas et ING, a sélectionné Fireblocks le 21 avril comme partenaire d'infrastructure pour un projet de stablecoin en euros conforme au MiCAR. Ce projet vise un lancement au second semestre 2026.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
Fireblocks sert actuellement plus de 95 banques dans le monde, ce qui lui confère une position solide dans la course pour devenir la couche d'infrastructure par défaut pour les actifs numériques institutionnels. L'accord avec Qivalis renforce cette position en Europe plus précisément.
Un risque à signaler : l’optimisme réglementaire universel peut en être un danger en soi. Lorsque 99 % à 100 % des institutions interrogées prévoient des résultats favorables, toute surprise réglementaire à la baisse pourrait déclencher une réévaluation rapide des engagements infrastructurels. Les budgets actuellement engagés reposent sur des règles qui, dans le cas du Royaume-Uni au moins, ne sont pas encore finalisées.


