La Commission européenne souhaite prélever une petite part sur chaque échange de crypto-actifs effectué sur son territoire. Le 29 mai, la Commission a publié un document décrivant un projet d'impôt sur les transactions de 0,1 % sur les crypto-actifs, un prélèvement qu'elle estime générer entre 3 et 4 milliards d'euros par an selon les projections de marché pour 2025.
L'impôt sur les transactions cryptographiques n'est qu'une pièce d'un puzzle fiscal bien plus vaste. Le document de la Commission a également évoqué une approche alternative : un impôt sur les gains en capital sur les cryptomonnaies, estimé à entre 1 milliard et 2,4 milliards d'euros par an selon des projections plus conservatrices basées sur les données de 2022.
Les deux propositions spécifiques au crypto sont intégrées dans un cadre fiscal plus large qui cible également les revenus des services numériques et du jeu en ligne. Ensemble, l’ensemble du paquet pourrait générer jusqu’à 11 milliards d’euros par an, soit entre 20 et 28 milliards d’euros sur le cycle budgétaire de sept ans s’étendant de 2028 à 2034.
La Commission a été notamment franche sur les défis intégrés à ces estimations. Elle a cité la volatilité du marché des crypto-monnaies, la difficulté de déterminer avec précision l'emplacement réel des utilisateurs, et les lacunes persistantes dans les données sur chaîne comme des facteurs qui rendent la prévision précise des revenus difficile.
Patrick Hansen, responsable des politiques de Circle en UE, a exprimé des préoccupations selon lesquelles une taxe sur les transactions appliquée aux plateformes centralisées pourrait simplement pousser les traders vers des alternatives décentralisées, où la mise en œuvre est encore en cours.
L’UE semble au moins partiellement consciente de cette dynamique. Les règles de déclaration DAC8, entrées en vigueur le 1er janvier 2026, exigent déjà des fournisseurs de services d’actifs cryptographiques, ou CASP, qu’ils transmettent les données de transaction des utilisateurs résidents de l’UE aux autorités fiscales. Cette infrastructure crée une base pour l’application, mais elle ne couvre que les plateformes qui respectent déjà les règles.
Pour les market makers, les traders algorithmiques et les opérations à haute fréquence qui exécutent des milliers de trades quotidiennement, même une fraction de pourcentage s'accumule rapidement. Ces participants fournissent la liquidité qui maintient les spreads serrés et les marchés efficaces.
L'alternative des gains en capital comporte son propre fardeau de conformité. Suivre la base de coût à travers les wallets et les plateformes d'échange est déjà une source de complications pour les détenteurs de crypto-monnaies en Europe, et ajouter une taxe formelle au niveau de l'UE aux régimes nationaux existants de gains en capital pourrait créer une complexité supplémentaire.
Il existe un obstacle politique majeur entre ces propositions et leur mise en œuvre. Tout nouvel impôt au niveau de l'UE nécessite le consentement unanime des 27 États membres. Les pays ayant des politiques plus favorables aux cryptomonnaies, ou qui cherchent à attirer des entreprises de blockchain, ont de forts incitations à bloquer une mesure qui pourrait pousser les entreprises et les capitaux ailleurs.
Les propositions sont toujours en phase d'évaluation, sans calendrier législatif formel.


