La tokenisation à l'aide de la technologie de registre distribué (DLT) offre à l'Europe une opportunité de développer un marché des capitaux numériques plus intégré et de remédier à la fragmentation de l'infrastructure financière traditionnelle, a déclaré la Banque centrale européenne (BCE) dans un article du Bulletin macroprudentiel article publié le 13 avril.
La banque estime que ce changement pourrait soutenir l'agenda de l'Union européenne pour l'épargne et les investissements en améliorant la liquidité, en réduisant les coûts et en optimisant l'allocation des capitaux, tout en renforçant la souveraineté monétaire grâce aux actifs dénommés en euros et à la gouvernance européenne.
Un marché petit mais en forte croissance
La finance tokenisée est encore petite mais s'étend rapidement. Bien qu'elle reste relativement petite, la finance tokenisée s'étend rapidement. Le marché mondial a atteint environ 38 milliards d'euros en février 2026, contre 7,4 milliards d'euros au début de 2024.
La croissance a été la plus forte dans les fonds du marché monétaire et les obligations, avec une activité plus limitée mais croissante dans les actions et l'immobilier. Le trading secondaire reste cependant peu actif.
Selon la BCE, une grande partie de l'appel repose sur la façon dont la technologie pourrait simplifier les processus tout au long du cycle de vie des actifs financiers. Des fonctionnalités telles que les transactions programmables, la propriété fractionnée et le règlement instantané pourraient réduire les coûts d'émission, automatiser certaines parties du trading et éliminer les frictions dans le clearing et le règlement.
Au fil du temps, les dossiers partagés pourraient également simplifier la garde et la gestion des actifs.
Quatre conditions pour passer à l'échelle
La tokenisation offre de nombreuses promesses, mais la BCE met en garde contre le fait que les avantages prendront du temps à se concrétiser et dépendent du niveau d'adoption et d'une liquidité de marché approfondie. Les gains les plus importants sont probablement dans les domaines où les actifs sont moins standardisés aujourd'hui.
Pour accroître la tokenisation, la banque centrale a souligné plusieurs lacunes qui doivent encore être traitées.
L'une est la disponibilité de la monnaie des banques centrales sur chaîne. Le projet Pontes de l'Eurosystème, prévu pour un lancement au troisième trimestre 2026, est conçu pour permettre le règlement des transactions sur les registres distribués en monnaie de banque centrale.
Un autre point est l’interopérabilité. Sans elle, les marchés tokenisés risquent de se transformer en plateformes isolées plutôt qu’en système unifié, avertit la BCE. Le projet Appia vise à poser les bases d’un cadre européen plus intégré d’ici 2028.
Développer des marchés secondaires actifs est également essentiel. La liquidité limitée aujourd'hui freine la découverte des prix et la participation des investisseurs, ce qui en fait l'une des principales contraintes à la croissance.
La réglementation reste un autre point de blocage, selon la banque. Bien que des initiatives telles que le régime pilote DLT de l'UE et les cadres nationaux dans des pays comme l'Allemagne et la France aient progressé, les différences entre les juridictions continuent de compliquer les activités transfrontalières.
La BCE insiste sur la nécessité d'un cadre plus unifié pour soutenir les marchés financiers tokenisés en Europe.
« Une approche coordonnée pour éliminer ces barrières serait la meilleure solution pour garantir un terrain de jeu équitable et libérer le potentiel de mise à l’échelle de la DLT à travers l’Europe », comme le note l’article. « Une harmonisation supplémentaire du droit des sociétés et du droit des valeurs mobilières faciliterait l’émission, la détention et le règlement transfrontaliers des valeurs mobilières émises par les entreprises à travers l’UE et favoriserait également le développement de marchés tokenisés en Europe. »
Les risques persistent
La banque centrale souligne également une série de risques liés à la tokenisation, notamment le potentiel de déséquilibres de liquidité, un effet de levier accru via des plateformes interconnectées et des vulnérabilités opérationnelles liées aux contrats intelligents.
La période de transition, avec les systèmes traditionnels et tokenisés fonctionnant en parallèle, pourrait également présenter des défis.
Le message de la BCE est que l'opportunité est réelle, mais pas garantie. La concrétisation de cette opportunité dépendra de la rapidité avec laquelle l'Europe pourra construire l'infrastructure nécessaire, approfondir les marchés et harmoniser son cadre réglementaire.
