Lorsqu'une banque centrale déplace discrètement des milliards en or à travers les continents, il vaut la peine d'y prêter attention. De Nederlandsche Bank a annoncé le 2 septembre 2026 qu'elle avait transféré 86 tonnes d'or depuis des installations de stockage à New York et Ottawa vers la Banque d'Angleterre à Londres, un déplacement achevé au cours des six mois précédents et évalué entre 10 et 12 milliards d'euros.
Le transfert a été présenté comme une préparation à une crise, et non comme une panique. Mais le moment choisi, au milieu d'une escalade des tensions géopolitiques et d'un conflit commercial difficile entre les États-Unis et le Canada, en dit long tout seul.
Qu'est-ce qui a réellement bougé et comment
L'opération a été logistiquement divisée en deux parties distinctes. Plus de 27 tonnes ont été physiquement transportées à travers les installations de la DNB à Zeist, aux Pays-Bas, avant d'atteindre Londres. Les environ 59 tonnes restantes n'ont jamais traversé d'océan sous forme de lingots : la DNB a vendu cet or à New York et l'a racheté en quantité équivalente à Londres, évitant ainsi le temps et le coût liés à la fusion physique et au réexpédition des lingots ne répondant pas aux normes actuelles du marché de Londres.
Ce contournement est plus important qu’il n’y paraît. Le marché londonien de l’or fonctionne selon des spécifications modernes strictes, et les lingots détenus à New York ou à Ottawa provenant d’époques plus anciennes ne répondent parfois pas à ces normes. Vendre et racheter à Londres est plus simple et plus rapide que de refondre des lingots des décennies passées pour satisfaire les exigences d’un bureau de négoce.
À la suite de ce transfert, Londres détient désormais la plus grande part unique de l'or de la DNB, passant de 18,1 % à 32,1 % des réserves totales. Le stock complet d'or de la DNB s'élève à 612,4 tonnes, évalué à 72,2 milliards d'euros à la fin de 2025, ce qui fait des Pays-Bas l'un des plus grands détenteurs nationaux d'or en Europe.
Le président de la DNB, Olaf Sleijpen, a été direct sur les raisons. L'or stocké à Londres est plus facilement négociable, a-t-il déclaré, car il respecte les normes internationales modernes et peut être déployé plus rapidement en cas de crise que les réserves précédemment détenues en Amérique du Nord.
Londres en tant que centre mondial de l'or
Londres traite plus de 900 milliards de dollars en transactions d'or physique chaque semaine, consolidant sa position de centre mondial dominant pour ce métal. Le choix de cet endroit comme lieu de stockage principal n'est pas tant une question de patriotisme envers un coffre particulier, mais plutôt de placer les réserves là où elles peuvent être rapidement utilisées en cas de crise.
La DNB ne développe pas seule cette logique. La Banque de France a établi un précédent similaire, en déplaçant de l'or hors de New York entre juillet 2025 et janvier 2026. Le fait que deux grandes banques centrales européennes déroutent de l'or loin des coffres américains dans un délai d'environ un an l'une de l'autre constitue un schéma, et non une coïncidence.
Le différend commercial entre les États-Unis et le Canada se profile en arrière-plan. De nouveaux tarifs ont créé des tensions entre deux partenaires commerciaux historiquement proches et ont secoué les hypothèses concernant la stabilité des relations économiques de longue date.
Ce que le changement signale pour les marchés de l'or et au-delà
Pour les marchés de l'or, les implications s'orientent dans plusieurs directions. Les achats et la repositionnement de l'or par les banques centrales constituent généralement un signal lent mais fortement convaincant. Ces institutions ne négocient pas en fonction du sentiment ni ne suivent la tendance. Lorsqu'elles restructurent l'emplacement de leur or et, ce qui est crucial, son accessibilité, le message sous-jacent est qu'elles se préparent à des scénarios où la liquidité prime sur le rendement.
Il existe également une dynamique concurrentielle plus subtile en jeu. Amsterdam, Francfort et Zurich disposent chacun de leur propre infrastructure or, mais aucun ne atteint le volume hebdomadaire de transactions de Londres. La décision de la DNB de privilégier Londres plutôt que de détenir des réserves sur le sol néerlandais reflète un calcul pratique : en cas de crise, vous voulez votre or là où se trouvent les acheteurs, et non là où flotte le drapeau.
