La France vient de lancer son intervention la plus forte jusqu’à présent dans la course mondiale aux infrastructures d’IA. Un consortium appelé AION, dirigé par le géant du capital-investissement Ardian et accompagné de certaines des entreprises les plus reconnues de France, a officiellement soumissionné pour accueillir l’une des gigafactories d’IA prévues par l’Union européenne.
Le prix : environ 10 milliards d’euros d’investissement total pour construire un vaste campus de calcul IA à l’extérieur de Paris, avec une capacité cible d’environ 200 MW. Pour y voir plus clair, cette installation serait équivalente à plus de 288 000 GPU Nvidia H100 de génération actuelle en termes d’échelle.
Qui est dans la pièce
Le consortium AION ressemble à un « who’s who » de l’industrie française. Ardian, l’une des plus grandes sociétés d’investissement privé au monde, est rejointe par la division cloud d’iliad Group, Scaleway, le géant des télécommunications Orange, l’entreprise énergétique soutenue par l’État EDF, le leader des services informatiques Capgemini, le fabricant de matériel Bull et le conseil en IA Artefact.
Ce n’est pas non plus la liste complète des invités. Hugging Face, la plateforme d’intelligence artificielle à code source ouvert devenue une star dans le monde de l’apprentissage automatique, soutient cette candidature. Nokia et Schneider Electric, le géant de l’automatisation industrielle, le font également.
La vision plus large de l'UE
Cette offre n’existe pas dans un vide. L’UE a présenté son initiative AI Gigafactories au début de 2025, avec pour objectif d’établir trois à cinq grands clusters de supercalcul sur le continent.
La France dispose d'une carte spécifique à jouer ici que la plupart des autres États membres de l'UE ne peuvent égaler : l'énergie nucléaire. La participation d'EDF au consortium n'est pas décorative. La France produit la grande majorité de son électricité à partir de centrales nucléaires, ce qui lui confère l'une des énergies les moins carbonées d'Europe. Pour un centre de données IA consommant 200 MW, c'est un avantage considérable à une époque où les régulateurs et les investisseurs examinent de près l'empreinte carbone des sessions d'entraînement de l'IA.
L'annonce, faite le 20 mai 2026, positionne la France comme le prétendant le plus fort parmi les nations de l'UE en compétition pour ces désignations de gigafabriques. L'Allemagne possède une puissance industrielle supérieure mais une transition énergétique plus complexe. Les pays nordiques disposent d'énergies renouvelables peu coûteuses mais d'écosystèmes technologiques plus petits.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
La participation d'Ardian est particulièrement révélatrice. Il s'agit d'une société gérant des centaines de milliards d'actifs, qui s'est historiquement concentrée sur les infrastructures, le capital-investissement et les actifs réels.
Le chiffre d'investissement d'environ 10 milliards d'euros mérite également un contexte. À cette échelle, il s'agit de modernisations du réseau électrique, de systèmes de refroidissement, d'infrastructures de mise en réseau, de développement foncier et de dépenses opérationnelles sur plusieurs années.
Pour les membres du consortium cotés en bourse, les dynamiques varient. Orange et Capgemini sont suffisamment grands pour que ce projet, bien que significatif, ne modifie pas leurs valorisations du jour au lendemain. Mais pour le groupe iliad, parent de Scaleway, une offre réussie pourrait accélérer de manière significative son positionnement en tant que réponse européenne aux hyperscalers américains. EDF bénéficie de la sécurisation d’un client industriel majeur à long terme, alors que la demande industrielle d’électricité propre connaît une forte hausse.
