La Banque centrale européenne vient de dire à la zone euro ce que personne ne voulait entendre : l’inflation est plus élevée que prévu et la croissance prend la mauvaise direction. Le chef économiste Philip R. Lane a présenté sa dernière prévision économique le 16 juin, en présentant un ensemble de projections qui suggèrent que le continent est coincé dans un serrement douloureux entre des prix en hausse et une production qui ralentit.
Les chiffres qui ont effrayé la salle
La BCE s'attend désormais à ce que l'inflation globale, mesurée par l'indice des prix à la consommation harmonisé (HICP), atteigne en moyenne 3,0 % en 2026. Ce chiffre a été révisé à la hausse par rapport à la projection de mars. L'inflation sous-jacente, qui exclut les catégories volatiles de l'énergie et de l'alimentation, est estimée à 2,5 % pour 2026 et 2027, avant de diminuer à 2,2 % en 2028.
Du côté de la croissance, le tableau est tout aussi peu encourageant. La croissance du PIB réel de la zone euro a été révisée à seulement 0,8 % pour 2026. La BCE prévoit une amélioration modeste à 1,2 % en 2027 et à 1,5 % en 2028.
Selon l'analyse de Lane, le principal responsable est la hausse des prix des matières premières énergétiques. Les tensions géopolitiques, notamment le conflit en cours au Moyen-Orient, ont fait augmenter les coûts énergétiques, créant un double problème : elles alimentent à la fois l'inflation et freinent l'activité économique.
Ce que la BCE a déjà fait
Cinq jours seulement avant la présentation de Lane, le 11 juin, la BCE a augmenté ses taux d'intérêt directeurs de 25 points de base. Le taux du mécanisme de dépôt est passé à 2,25 %, le taux de refinancement principal à 2,40 % et le taux du mécanisme de prêt marginal à 2,65 %.
Dans un discours d'ouverture le 22 mai, Lane s'est concentré sur les liens économiques mondiaux et les risques qu'ils font peser sur l'Europe. Le fil conducteur de ses récentes interventions publiques a été un engagement en faveur de ce que la BCE appelle une approche « dépendante des données » de la politique monétaire.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
Avec le taux du mécanisme de dépôt à 2,25 % et la BCE signalant une vigilance continue face à l’inflation, les obligations d’État européennes à court terme offrent des rendements plus attractifs qu’ils ne l’ont été depuis des années.
Les projections d'inflation méritent également l'attention des investisseurs en crypto qui considèrent le bitcoin et d'autres actifs numériques comme des protections contre l'inflation. Avec l'ICP-H figé à 3,0 % pour 2026 et l'inflation sous-jacente à 2,5 %, l'argument de l'érosion du pouvoir d'achat pour détenir des réserves de valeur non souveraines reste valide.
Les perspectives de Lane ont souligné des risques à la hausse pour l'inflation et des risques à la baisse pour la croissance. Si les prix de l'énergie augmentent davantage en raison de l'aggravation des tensions géopolitiques, la BCE pourrait se retrouver dans l'obligation de relever les taux même si l'économie se contracte.
