La Chine prépare à investir environ 2 billions de yuans, soit environ 295 milliards de dollars, dans la construction d'un réseau national de centres de données axés sur l'IA au cours des cinq prochaines années. Cette initiative, menée par la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC), représente l'un des plus importants engagements d'infrastructure unique dans la course mondiale à l'IA et une réponse directe aux restrictions américaines croissantes sur les exportations de semi-conducteurs avancés.
Le plan prévoit un mandat qui devrait inquiéter les fabricants occidentaux de puces : au moins 80 % du matériel et du logiciel alimentant ce réseau, y compris les puces IA elles-mêmes, doivent provenir de fournisseurs nationaux. Huawei est le bénéficiaire le plus évident.
Ce que la Chine construit réellement
Le projet vise à créer une grille informatique unifiée qui relie les centres de données à travers le pays, en intégrant les initiatives d'infrastructure précédentes en une entité plus cohérente et puissante. Cette nouvelle initiative s'appuie sur le projet existant de la Chine « Données à l'est, calcul à l'ouest » (东数西算), lancé en 2022, qui visait à déplacer et à améliorer les centres de données dans les provinces occidentales offrant des coûts énergétiques et fonciers plus faibles.
Les opérateurs de télécommunications d'État China Mobile et China Telecom assureront la majeure partie de la construction et de l'interconnexion. China Mobile compte à lui seul près d'un milliard d'abonnés, et les deux entreprises possèdent une vaste expérience dans la mise en place d'infrastructures réseau à grande échelle.
La date cible pour la réalisation du réseau informatique national est aux alentours de 2028, avec une fenêtre d'investissement plus large de cinq ans s'étendant jusqu'en 2031. Le plan prévoit un mélange de dettes souveraines, de fonds publics, de prêts bancaires et d'investissements du secteur privé.
Le pari d'autosuffisance
L'exigence de 80 % de sourcing domestique est sans doute le détail le plus important de l'ensemble du plan. C'est un pari sur la capacité des fournisseurs chinois, menés par Huawei, à livrer des puces IA et des composants d'infrastructure associés suffisamment compétitifs pour alimenter un réseau informatique à échelle nationale.
Les États-Unis ont progressivement renforcé les contrôles à l'exportation de semi-conducteurs avancés destinés à la Chine, coupant l'accès aux puces les plus puissantes provenant d'entreprises comme Nvidia et AMD. L'obligation de sourcing national à 80 % crée une dynamique de marché captif : lorsque le gouvernement garantit que 80 % d'un projet de 295 milliards de dollars revient à des fournisseurs nationaux, ces fournisseurs obtiennent une base de clients garantie à une échelle massive.
Pourquoi cela importe au-delà des frontières de la Chine
Pour les fabricants de puces occidentaux, la quête de l'autosuffisance de la Chine signifie un marché adressable en baisse dans la deuxième plus grande économie mondiale. Nvidia, qui a déjà vu ses revenus en Chine limités par les contrôles à l'exportation, fait face à la perspective d'être définitivement remplacée sur un marché qu'elle dominait autrefois.
Le plan reste en version brouillon début juin 2026, ce qui signifie que des ajustements pourraient encore être apportés avant finalisation. Les investisseurs qui suivent ce secteur doivent prêter une attention particulière au calendrier de développement des puces de Huawei et aux véritables schémas d'approvisionnement de China Mobile et China Telecom dès le début de la construction.
